Tôhoku, touristes bienvenus


Cela fait maintenant plusieurs années que j’ai l’occasion de me rendre au Japon et jusqu’à présent je n’avais été que dans la moitié sud du pays ce qui m’a permis de découvrir plusieurs villes et régions nippones, mais je n’avais pas encore eu l’occasion de me rendre dans le Tohoku, au nord est. Comme chacun sait, cette région et entre autres, Ishinomaki et la ville voisine d’Onagawa ont été fortement frappées par le séisme et le tsunami de mars 2011. Je me dis que cela me permettra peut être de voir comment cette partie du pays s’en remet plus d’un an après.

Au départ de Mito dans la préfecture d’Ibaraki (également très touchée mais dans une moindre mesure) nous traversons celle de Fukushima pour au terme d’environ 4h heures à travers des autoroutes de montagnes et une succession de tunnels pour les franchir, nous arrivons dans la préfecture de Miyagi et ne tardons pas à voir au loin la baie de Matsushima et marquons une petite pause pour profiter du paysage. Je suis surpris de constater que cette partie de la ville pourtant proche de la mer ne montre que peu de signes de ravages, j’apprendrai plus tard que ces iles et ilots qui font le charme du paysage de Matsushima ont en fait protégé en grande partie la baie des eaux.

Une trentaine de kilomètres plus tard nous arrivons enfin à Ishinomaki. La ville ressemble à une ville de province comme j’ai pu en voir d’autres, rien ne frappe au premier abord. Après avoir échangé quelques mots avec nos hôtes, ils nous proposent de faire un tour dans la ville avant d’aller dîner. C’est là lorsque l’on commence à faire attention, bien que tout semble avoir repris un cours normal, que je remarque sur les murs, les trottoirs, les poteaux électriques ou la route, les signes laissant apercevoir malgré les pansements, l’ampleur des dégâts. Là je n’ai encore rien vu.

Plus on se rapproche de la mer, plus la vision est impressionnante: une poignée de maisons toutes en travaux et entre elles de grands vides envahis par des mauvaises herbes. Tous ces terrains étaient en fait habités, des hectares de résidences, de commerces et d’industries poissonnières ont été purement et simplement rasées, en témoignent les montagnes de déchets, de carcasses de voitures et de gravats que l’on peut apercevoir par endroits. La question est alors de savoir où sont tous les habitants qui par miracle ont survécu. La réponse se trouve quelques kilomètres plus loin dans ce que l’on pourrait appeler des camps de réfugiés, dans des sortes d’algécos très excentrés ; au Japon, en plein mois d’août, sous un soleil de plomb et une moiteur assommante. Le quotidien doit être bien dur à gérer. Qu’en est il de l’hiver ?

Autour de succulents sashimis, nos hôtes, à notre demande, nous racontent leurs expériences de ce funeste jour. L’un ne peut en croire ses yeux lorsqu’il voit un mur d’eau se diriger droit vers lui et se rappelle avoir agi par instinct lorsqu’il réalise que ce n’est pas un blockbuster et qu’il faut se mettre à l’abri au plus vite. D’autres ont vu l’eau monter dans les bureaux tellement rapidement que la seule issue se trouvait à l’étage. Je reste sans voix devant la chance qu’a eu celui qui a pu en réchapper en s’agrippant à un objet flottant lorsque la vague l’a rattrapé ou lorsqu’un ancien employé de mairie nous a expliqué comment s’est faite la gestion des victimes emportées puis ramenées par les flots pendant plusieurs semaines, sans parler du manque d’eau et d’électricité. Il ressort de tous ces récits que le système D et l’entraide s’est imposée d’elle même pendant les premiers mois, aujourd’hui la vie reprend peu à peu son rythme mais il y a encore énormément à faire, toute aide, qu’elle se manifeste par des initiatives ou le tourisme est la bienvenue. Donc si vous allez ou retournez au Japon et que vous aimez le calme en bord de mer et la montagne, faites un tour du coté du Tohoku.

Stéphane Monteiro 

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