Regard sur le cataclysme, le travail de volontaire et la reconstruction du pays

Le lendemain matin, chacun se prépare. Nombreux sont novices comme nous et la moyenne d’âge est très élevée. Nous devons partir prendre un bateau afin de nous rendre sur une petite île au large. Notre mission sera de vider et de ranger une maison endommagée par le tsunami.

Nous nous mettons en route à pied vers le port et là encore, à première vue, pas de trace de la catastrophe.
Et pourtant, à bien y regarder, la mer est passée par là. Les feux de signalisation ne sont pas tous remis en ordre, et plus nous approchons du littoral, plus nous voyons des maisons endommagées, inhabitées, remplies de détritus. Nous passons à côté de voitures stationnées, rendues inutilisables par la boue et la terre. L’odeur est également très forte aux abords du bateau qui nous attend.

La compagnie maritime est reconnaissante, elle offre le trajet à tous les volontaires pour quelques jours. La société de bus qui nous acheminée ainsi que la compagnie nationale de trains proposent également des tarifs avantageux pour rejoindre les régions sinistrées.

La traversée va durer une petite heure, avec un changement de navire. Les mouettes nous accompagnent tout le long du trajet, réclamant des petits biscuits apportés par les passagers.
Nous voilà arrivés à Nonoshima. L’île vient de retrouver l’eau courante et cela ne fait que quelques jours que les liaisons maritimes ont repris. Quelques militaires font parti du voyage pour évaluer les dégâts, un hélicoptère survole régulièrement la région.

premiers jours de travail : détritus et fumées

La pêche est la principale activité des habitants mais nous ne croisons pas beaucoup de personnes à notre arrivée. En tout, nous ne verrons pas plus de quinze personnes vivre encore sur l’île, sur les 80 résidents habituels.

Le bord de mer est transformé en déchèterie : carcasses de voitures, scooters, électroménagers, tatamis, futons, plastiques, tout est entassé par catégorie.
Les japonais ont des consignes très strictes dans leur vie de tous les jours pour les poubelles. Une dizaine de groupes se différencient avec un jour et une heure précise de passage pour les camions. Pour certains objets comme la hi-fi, le ménager, les meubles, les encombrants, il faut payer pour s’en débarrasser. Là, il n’est demandé aucune contribution, mais naturellement le classement se fait.

Après quelques mètres, nous voilà devant la maison dont nous devons nous occuper. Le vieil homme qui y habitait a été hospitalisé et ne pourra pas revivre dans sa demeure qui est devenue inutilisable. Elle est petite, ancienne et, bien que protégée par d’autres habitations, a subi le passage des vagues.
Au fond du jardin, la roche est fendue et s’est effondrée.

Le travail est réparti et notre groupe composé d’une quinzaine de personnes débute par l’extérieur. Les femmes s’occupent de remplir des sacs avec les petits débris de verre, de papier, de métal et de plastiques qui jonchent le sol. De leur côté, Les hommes transportent vers le bord de mer des meubles, des morceaux de bois et tout autre détritus amoncelé dans le jardin. Ce qui peut-être brulé l’est, le reste est ajouté aux tas déjà existants.
Le temps passe vite, la météo nous épargne de la chaleur et de la pluie, nous progressons vite.
Le masque est indispensable car les fumées sont nombreuses.

A la mi-journée, la municipalité nous offre l’hospitalité dans un bâtiment afin de nous restaurer. La pause terminée, nous reprenons le travail et nos allers et retours vers la décharge improvisée.
Nous ne sommes pas les seuls, certains habitants font de même, dont une vieille dame seule qui vient d’un peu plus loin, un vieux panier en osier débordant sur les épaules.

Très tôt, nous devons repartir, les bateaux sont encore peu fréquents. Nous savons que le lendemain nous reviendrons poursuivre le rangement.
Alors que nous attendons sur le ponton, nous apercevons au loin s’approcher un groupe d’écoliers, venu de nulle part, qui traverse les gravats et nous rejoint. Vêtus de leurs costumes règlementaires, ils bavardent gaiement en attendant de rentrer chez eux.
Pourtant, chez eux c’est sur cette île, mais peu de maisons sont restées habitables.

La petite île n’a pas subi de pertes humaines. Un plan d’évacuation longuement répété était en place. Juste après les secousses, les habitants ont été visités un par un dans leur maison et ce sont tous rendus sur les hauteurs, dans l’école, où se déroulait au même moment la cérémonie annuelle de remise des diplômes. Cela les a tous sauvés. Aujourd’hui, ils habitent à Shiogama, chez des connaissances ou dans des foyers, et les enfants ont retrouvé le chemin de leur école, sur l’île.
L’instituteur annonce que le lendemain, ils nettoieront la piscine. Ses paroles sont accueillies avec tiédeur.

Notre retour se fait dans le silence. La fatigue est là et les sentiments partagés sur le travail réalisé. Il y a tant à faire, les dégâts sont si nombreux. Mais le courage est là.

A l’arrivée, nous devons attendre pour la douche et le dialogue s’installe petit à petit. Nous organisons la pièce pour le diné qui nous a été préparé.

réunion du soir dans le centre Caritas Japan de Shiogama – 21 mai 2011

Vient alors le moment de notre première réunion du soir. Chacun doit parler l’un après l’autre de sa journée et éventuellement réagir aux propos des autres. Les paroles semblent anodines. Je ne comprends pas grand-chose, mais j’ai l’impression que chacun ne fait qu’énumérer ce qu’il a fait, sans pour autant dire ce qu’il a pu ressentir. Je trouve ce moment assez frustrant, même si je comprends qu’il est difficile de réagir.
Un prêtre est présent. Il le sera durant quelques jours. Celui qui officiait ici est décédé juste après le tsunami. Le choc lui a été fatal. Ce membre du clergé venu de Tokyo passe ses journées à visiter les hôpitaux et les foyers afin de parler avec les sinistrés. Il est très ouvert sur les arts, et apporte un air frais aux réunions.

La fin de journée approche, de nouvelles personnes arrivent, d’autres annoncent leur départ pour le lendemain. L’extinction des feux va arriver. Il est encore tôt mais nous devons prendre des forces pour donner le meilleur de nous même le lendemain.
La nuit est ponctuée de réveils, le ronflement des uns et des autres trouble le sommeil.


2 réponses à Regard sur le cataclysme, le travail de volontaire et la reconstruction du pays

  1. Ping : Japon : 11 mars 2011 : regard sur le cataclysme, le travail de volontaire et la reconstruction du pays #7 | JAPONAIDE

  2. Ping : 東北地方太平洋沖地震 津波被災地ボランティアレポート – 宮城県塩釜市にて 2011年5月30日~6月6日 – | JAPONAIDE

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